La question qui est souvent posée à un psy : psychothérapie ou psychanalyse ?
En effet il y a des personnes qui tiennent plus particulièrement à rencontrer un psychothérapeute d’autres préfèrent consulter un psychanalyste.
Or cette question a créé et crée toujours une véritable polémique. Elle suscite même des réactions viscérales tant au niveau de certains médias, de patients, mais aussi au sein même des différentes écoles de psychothérapeutes.
Il est pourtant important de déplier tous les aspects de cette question cruciale.
D’emblée la psychothérapie nous amène à prendre en compte le fait que dans sa terminologie même la psychothérapie implique le soin donné au patient (thérapeute est emprunté au grec : θεραπευτής « qui prend soin », « celui qui prend soin du corps». Le psychothérapeute, dans une institution est avant tout un soignant.
En effet les institutions financées par l’état, en partie par les départements et les collectivités locales, doivent répondre à une demande des organismes financiers. Cette demande implique une obligation de résultat, ce qui sous-entend une obtention de guérison de la part des personnels soignants.
La position de soignant, donc de celui qui est amené à prendre soin, est une position qui oblige à savoir traiter la maladie dont souffre un patient. Face à la demande de l’institution qui l’emploie face aussi à l’attente du patient lui-même et de la famille, les soignants se sentent obligés de répondre. Le problème est qu’en psychiatrie plus encore qu’en médecine générale il y a dans la rencontre avec le patient un défaut évident de savoir. C’est bien souvent de cela dont souffrent les équipe soignantes en psychiatrie. Lorsque l’on pratique la supervision d’équipe comme je le fais c’est une question qui revient souvent sous cette forme : « on ne sait plus comment faire avec tel patient ». On en appelle alors au psy pour essayer de construire un savoir.
Cette obligation de résultat n’est pas sans créer une certaine tension voire, elle est même propre à susciter une certaine agressivité envers le patient qui « serait récalcitrant » par rapport aux soins proposés.
La culture de l’ ECONOMIE qui sévit depuis plusieurs années et qui s’est infiltrée insidieusement au sein des hôpitaux et des institutions pousse à l’extrême cette obligation de résultat. La mode de l’évaluation et des normes de qualité en sont l’expression même. On fait illusion quand on laisse croire que c’est pour le bien des malades; sur le terrain c’est une autre affaire!
On peut se demander si la réglementation sur les psychothérapies et sur leur évaluation ( tentative du rapport de l’INSERM il y a quelques années ) ne serait pas plus le fruit de ce souci économique que du souci de l’autre.
Or la question : « psychothérapie/ psychanalyse » relève d’une question d’éthique. Faut-il rappeler ici que l’éthique n’a rien à voir avec la morale. Cette éthique c’est celle du psychanalyste et de son désir (cf. mon article : « les psys en quête d’identité ».

Guérir de l’envie de guérir !
Ce que la psychanalyse nous enseigne c’est peut-être bien de guérir de l’envie de guérir. Au terme d’une analyse cette demande de guérir, manifestée le plus souvent lors des premiers entretiens et plus sporadiquement par la suite, se transforme voire s’épuise d’elle-même. La fin de l’analyse c’est aussi quand on sait, par l’expérience du travail analytique, que guérir est impossible, on apprend à faire avec son symptôme et surtout on en construit un qui soit moins invalidant que celui dont on se plaint avant d’entreprendre une thérapie.
A moins de considérer que l’homme lui-même est la maladie de la nature. Ce que Lacan n’était pas loin de proposer à la fin de son enseignement. L’homme comme  » erreur  » au sein de la loi si bien orchestrée de la nature. Ce que Descartes tend à démontrer d’une horlogerie de l’univers, Freud et Lacan avec la question d’un sujet de l’inconscient bouleverse ce rouage. Ce qui dérange c’est bien cela, l’inconscient grain de sable. L’homme malade de son inconscient, c’est-à-dire d’un sujet non encore advenu comme tel, a tendance maintenant à devenir un homme malade d’une mauvaise connexion neuronale.
C’est ce grain de sable que veulent ôter certaines psychothérapies qui proposent de guérir l’homme de son inconscient. C’est de cela que veulent nous guérir certaines idéologies politiques ou religieuses et ce depuis le début de l’histoire jusqu’à la fin de l’histoire quand l’homme sera guéri de son grain de sable ou de folie. Mais n’est-ce pas ce que nous propose une certaine orientation de la science, et une vision épurée de l’humanité : un homme bionique, débarrassé de toute faille, au service du système ?
Evidemment ce constat peut sembler amer. Il amène à prendre en compte ce que Freud déploie dans  » Malaise dans la civilisation ». Il y a un reste dans l’homme qui ne peut être traité, cet impossible à écrire dont parle Lacan, ce Réel qui nous échappe. Aucune éducation, aucune pédagogie, aucune psychothérapie n’en viendra à bout. Vouloir le croire c’est faire un forçage qui emprisonnera illusoirement le réel jusqu’à ce que celui-ci fasse retour.
Et pourtant les psychanalystes eux-mêmes ont cru pouvoir tenir ce réel à distance en voulant le traiter par le symbolique. Au plus près de nous c’est Françoise Dolto qui en assurant que tout était langage chez l’être humain ouvrait la porte de la guérison. Les maux de l’humanité allaient être traités par les mots. Le Verbe s’incarnait!
Lacan dans les débuts de son enseignement semblait prendre cette voie qui donnait au symbolique sa supériorité sur le reste et donc la possibilité de traiter aussi le réel de cette manière. Mais voilà il y avait toujours la question de cet impossible à dire et de ce qui ne cesse jamais de ne pas s’écrire!
La souffrance de l’homme vient de ce qu’il n’y a pas de rapport entre son dit et le réel, de même qu’il n’y a pas de rapport sexuel ( en tant qu’il n’y a pas de rapport à une jouissance commune amenant à la plénitude des êtres ) . Ce qu’il dit lui échappe et ce qu’il voudrait cerner par la parole se dérobe. Sa pensée est envahie par des mots, des injonctions qui le dépassent dont il n’est pas maître. Ses nuits sont hantés par des rêves dont l’absurdité lui fait mettre aux oubliettes ces contenus obscurs.
L’âge d’or d’une psychanalyse traitant les maux par les mots, d’une manière quasi magique, voire mystique est révolu. Tant mieux! Et si elle a eu des effets ce fût plus par suggestion que par l’efficacité de sa méthode. Lacan a cédé sur la suprématie du symbolique empêtré qu’il était avec la question de ce qui ne cessait pas de s’écrire jusqu’à revenir à ce qui était le fondement de la psychanalyse : la prise en compte du réel, de la jouissance et ainsi proposer à la fin de son enseignement une orientation particulière de la pratique analytique avec la question du nouage symbolique, imaginaire et réel. Un nouage qui tient compte de cet impossible à guérir chez l’homme qui est seul garant de sa liberté !

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